Dark Side of Myself

By Saturnin

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Merano – Livigno, le Stelvio / Stelvihaut / Stelvieau

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Aujourd'hui, le parcours nous propose le fameux Stelvio, un col mythique, un des rares à pouvoir faire de l'ombre au Mont Ventoux dans l'imaginaire de beaucoup de cyclistes. Une histoire pas aussi tragique que le géant de Provence, mais il fut pendant longtemps le col le plus haut d'Europe.

Le temps est annoncé à l'orage, mais on espère bien passer entre les gouttes et les éclairs. La pluie à 2750m d'altitude, ça ne risque d'être frais. Une solution de secours est évoquée, en passant par l'Umbrailpass, 200m moins haut. Au réveil, le temps est correct, nous en restons donc au parcours prévu. En plus, on aurait été déçu, l'Umbrailpass est désormais intégralement goudronné (jusqu'en 2015, un tronçon de 1,5km était encore non bitumé).

Comme la route principale est très fréquentée, nous partons par les pistes cyclables. C'est assez tranquille et sympathique. Nous roulons au milieu des champs de pommiers de part et d'autre de la piste. Le parcours n'est pas très difficile pour le moment, même si nous ne faisons que monter depuis le départ. Un long faux-plat doit nous emmener jusqu'au pied du Stelvio.

La piste cyclable au milieu des pommiers
La piste cyclable au milieu des pommiers

Le ciel s'assombrit au fil de notre approche, mais rien d'affolant pour le moment. Nous quittons la trace pour continuer sur la piste cyclable. Sauf que pas de chance, à un moment le bitume s'arrête. Nous persistons malgré tout jusqu'à retrouver la route. Prato allo Stelvio n'est plus très loin maintenant. Le ciel est maintenant franchement gris.

Encore des pommiers et Castelbello
Encore des pommiers et Castelbello

La piste cyclable n'est pas goudronnée tout du long
La piste cyclable n'est pas goudronnée tout du long

Nous avons eu droit à quelques gouttes un peu plus tôt, mais rien de très méchant. Alors que le pied du Stelvio va se présenter à nous, les choses se gâtent. Le plafond nuageux est maintenant bas, franchement gris et la pluie commence à tomber pour de vrai. Il est temps de lancer l'opération « SOS Aurore », qui consiste à se mettre à l'abri, appeler la voiture et attendre qu'elle arrive.

Aurore avait anticipé, elle était déjà garée à Prato allo Stelvio, mais de l'autre côté. Elle nous rejoint quelques instants plus tard à la station-service où nous nous sommes abrités. Philippe et Vanessa ont décidé de ne prendre place dans la voiture. Gino, Pascal, Patrick, Jacky et moi nous équipons pour affronter la pluie. Gore-Tex pour tout le monde et jambières, sauf pour moi qui me suis enduit les jambes à l'huile camphrée, une recette de grand-mère mais toujours efficace. Ça réchauffe un peu les muscles, fais glisser l'eau et surtout, une fois que la pluie s'arrête, on sèche beaucoup plus vite qu'avec les jambières qui ont tendance à garder l'humidité. Seul incovénient, comme je n'ai pas pu me laver les mains, tout ce que je vais manger dans la montée aura un arrière-goût de camphre.

Et c'est sous une pluie battante que nous repartons. Je jette un coup d'œil au GPS, rapidement ce n'est plus la pluie qui m'inquiète, mais les températures. Nous sommes à 800m d'altitude, le col est 2000m plus haut, il fait 11°C. Avec le gradient de température (perte d'environ 0,6°C pour 100m), là-haut, il doit neiger, ce qui n'est pas une bonne nouvelle. De toutes manières, maintenant que l'on est là, il faut y aller.

L'avantage de cette météo, c'est qu'il n'y a pas trop de circulation. Passé Gomagoi et la bifurcation pour la station de ski, c'est plus tranquille. A Trafoi, la voiture nous attend, jusque-là tout va bien.

Un miracle va finir par s'accomplir, la pluie s'est arrêtée et le ciel semble s'éclaircir, vraiment inespéré quand on voit ce que nous tombait sur la tête il y a encore quelques instants. Aurore garé la voiture au bord de la route et je hèle les passagers en plaisantant qu'ils allaient avoir des regrets avec le retour du soleil.

La route continue à grimper au milieu des pins, il commence à y avoir des virages en épingles et aussi des bonnes rampes (12 ou 13%), on est sur un col italien, ne l'oublions pas. La route n'est pas très large, heureusement que l'orage dans la vallée a dissuadé beaucoup de monde de monter là-haut.

La montée du Stelvio (merci Pascal pour la photo)
La montée du Stelvio (merci Pascal pour la photo)

A la faveur d'une trouée dans les nuages, j'aperçois parfois un bout de glacier ou une zone enneigée sur ma gauche, puis devant moi. Je dépasse la voiture où Aurore est à nouveau seule au volant. Philippe et Vanessa ont effectivement eu des regrets et sont repartis. Nous sommes maintenant sortis de la forêt et nous élevons au milieu des alpages.

La montée du Stelvio (merci Pascal pour la photo)
La montée du Stelvio (merci Pascal pour la photo)

Ce sont vraiment les virages qui rythment cette montée, ils s'enchainent les uns aux autres. Même si le soleil a fait son retour, les nuages semblent bien accrochés aux sommets. Malgré ça, j'aperçois une construction sur la crête, légèrement sur ma droite. Peut-être le sommet, mais comme il est impossible de deviner la suite de la route, la question est sans réponse pour le moment.

La montée du Stelvio (merci Pascal pour la photo)
La montée du Stelvio (merci Pascal pour la photo)

Je m'arrête pour retirer mon Gore-Tex, finalement, nous ne devrions pas avoir de neige là-haut. Jacky me dépasse. Je suis arrêté dans une épingle, je jette un coup d'œil voir si j'aperçois Patrick ou Gino, mais en vain.

La montagne nous fait maintenant face comme un mur, et dans ce mur, la route qui serpente, accrochée de manière surréaliste dans cette quasi-verticale. Je regrette un peu d'avoir laissé mon appareil dans la voiture, mais tant pis, je l'ai peut-être sauvé de la noyade ce qui est aussi bien, je pourrais continuer à prendre des photos les prochains jours.

La montée du Stelvio (merci Pascal pour la photo)
La montée du Stelvio (merci Pascal pour la photo)

Alors que nous allons amorcer le final, la pluie fait son retour et je dois remettre ma veste. Je repars et roule avec Jacky quelques instants avant de perdre quelques longueurs. Avec la pluie, les températures sont tombées et je ne pense plus qu'à une chose arriver au sommet.

La montée du Stelvio (merci Pascal pour la photo)
La montée du Stelvio (merci Pascal pour la photo)

Avec Jacky nous nous engageons sur le premier parking, pas de voiture, le deuxième, pas de voiture non plus, reste le troisième. Philippe a pris place au chaud, lui qui n'aime pas la pluie dans les descentes joue la sécurité. Jacky râle de ne pas avoir trouvé la voiture immédiatement. Aurore est aux petits soins pour nous, je me change pour partir avec des maillots secs (technique et vélo). Torse nu, sous la pluie, à 2758m d'altitude, même au mois d'août, ça caille sévère !

Jacky s'est assis sur le siège passager et ne semble pas décidé à bouger, je repars en finissant de mâcher mon sandwiche. Le début de la descente est glacial, je claque des dents et grelotte un peu. Je descends doucement, la route est encore bien humide. Je suis surpris de voir débouler une route sur ma droite. Je ne réaliserai que ce soir qu'il s'agissait de la route de l'Umbrailpass, seulement distant de 200m et que j'avais soigneusement repéré sur les cartes afin de le rajouter à mon tableau de chasse. Obnubilé par la descente et l'idée de retrouver un peu de chaleur, il était complètement sorti de mon esprit.

Alors que la vallée va faire un coude, je jette un dernier coup d'œil vers le sommet, il est maintenant au soleil. Il fait un peu meilleur, je sens que je me réchauffe petit à petit. Après une longue portion composée de courbes et de virages, la route va descendre en longeant une cascade par une succession d'épingles.

J'aperçois un vélo devant, je le rejoins rapidement, c'est Vanessa. On discute quelques instants, avec ses jantes en carbone, elle ne se sent pas très l'aise sur cette chaussé détrempée. Elle continue donc sa descente doucement et je file devant.

Même avec un ciel plombé, la vue sur la cascade est superbe. La route passe ensuite dans une succession de tunnels, non éclairés et pas très larges. La descente continue et j'arrive à l'intersection où je vois Pascal qui nous attend. Il n'en revient pas de me voir sans jambières. Le contraste va être d'autant plus saisissant quelques instants plus tard quand Vanessa va arriver, habillée toute en vêtement de pluie des pieds à la tête, capuche et sur-chaussures comprises. Patrick, en vélo, puis Aurore, Jacky, Gino et Philippe, en voiture, vont arriver à leur tour.

On prend un peu de temps pour que ceux qui veulent se changer puissent le faire. On se raconte nos montées et descente respectives, ça a été épique pour tout le monde. On discuterait bien encore un moment, mais l'arrivée d'une nouvelle vague de nuages noirs nous incite à ne plus trop trainer. Il nous reste encore un peu de route et deux cols à plus de 2000m à franchir, le passo del Foscagno et le passo d'Eira.

La première partie de la montée va se faire au sec, nous laissant espérer. Mais les nuages vont arriver par une autre vallée et nous prendre à revers. Et cette fois-ci, ils ne nous lâcheront pas. Heureusement, la montée du Foscagno n'est pas aussi rude que celle du Stelvio, c'est moins loin, moins haut et aussi moins raide. C'est que mine de rien, on a puisé dans nos réserves avec cette pluie et ces températures.

Je roule avec Vanessa, et Patrick est un peu derrière, Pascal l'accompagne. Pascal nous rejoint, malgré la météo, il a la banane. Je repense à ses messages sur les réseaux sociaux l'an passé pendant la RAA. Malgré la difficulté du parcours auxquels s'étaient rajoutés une météo exécrable qui avait occasionné des problèmes classiques par météo humide, ses messages sentaient le positif à 2000km de là. Alors, ce n'est pas le Stelvio sous la pluie et un autre col sous la même météo qui va le faire douter.

Pour nous aussi, le moral est bon. Aurore nous a dépassé une dernière fois, j'en ai profité pour lui laisser mes lunettes. On lui a conseillé de filer directement à l'hôtel que les cyclos puissent se réchauffer et prendre leur douche rapidement.

Nous profitons de l'abri d'un tunnel pour nous arrêter et nous ravitailler, le tube de crème de marron y passe d'une traite. Patrick arrive et nous repartons tous les 4. Je suis surpris de voir un poste frontière au niveau du passo del Foscagno. Nous entrons dans une zone franche sur le plan douanier.

Dans la petite descente qui nous sépare de la brève remontée du passo d'Eira, je regrette d'avoir laissé mes lunettes, je prends la pluie dans les yeux. Nous finissons l'étape tous les 4 sous la pluie avec la descente sur Livigno. L'hôtel étant un peu avant la station, il ne s'agirait pas de descendre trop bas pour avoir à remonter.

A l'hôtel, c'est la même chose qu'à Tarvisio, il faut étendre nos affaires comme on peut dans la chambre pour les sécher. Pascal a négocié avec l'hôtel pour que nous puissions faire laver des vêtements de cyclo. On les récupèrera le lendemain matin. On en profitera aussi pour nettoyer les vélos et éventuellement faire un peu de mécanique, j'ai notamment des patins de freins qui sont fatigués.

Le soir, nous reprenons nos récits interrompus plus tôt par l'arrivée des nuages. On s'en souviendra de cette journée. Vu l'appétit avec lequel nous mangeons et les gamellées que nous ingurgitons, on a des réserves à reconstituer...

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